Déposer plainte pour viol en 1982

Aujourd’hui au détour d’un échange sur Twitter j’ai trouvé un documentaire de Raymond Depardon intitulé Faits divers datant de 1982. Dans cette vidéo (disponible sur youtube ici), à 10 minutes du début environ, la caméra de Depardon relate une scène de garde à vue et de dépôt de plainte/témoignage pour un viol d’un jeune homme sur une jeune fille.

Au menu, un OPJ tout sauf impartial qui ne voit “pas grand chose à reprocher” à l’accusé qui reconnaît avoir gifler la plaignante, qui laisse la porte ouverte, permettant à l’accusé de voir et entendre la plaignante (aucun avocat n’est bien sûr présent), qui remet sans cesse en compte la parole de la plaignante (mais pas de l’accusé), et qui conclut le dépôt de plainte par un dialogue édifiant donc je vous livre une transcription:

« Plaignante: Si le garçon s’excuse auprès de moi je dépose pas de plainte

OPJ: Si le garçon quoi?

P: Il s’excuse près de moi

OPJ: Je crois qu’il faudrait qu’on se comprenne bien…

P: Oui?

OPJ: Vous voulez qu’il s’excuse pour quoi?

P: Pour ce qu’il vient de faire… ce qu’il a fait…

OPJ: Il faut que vous compreniez une chose mademoiselle, c’est que le viol en France c’est un crime et que ce garçon il risque de se retrouver pendant 5 ans en taule, minimum, parce que il a fait l’amour avec vous alors que vous étiez pas d’accord de faire l’amour avec lui parce que bon vous avez déjà passé une nuit ensemble la semaine dernière enfin là… lui il voulait remettre ça au jus et vous étiez pas d’accord. A partir d’là il téléphone à sa petite copine, ça continue de mettre de l’huile sur le feu et à partir de là vous l’envoyez en taule pendant 5 ans, ça fait quand même beaucoup, hein? Vous trouvez pas? Alors on va faire une chose, on va bien se mettre d’accord, puis on va vous mettre tous les deux ensemble, vous allez vous faire tous les deux des excuses, lui de vous avoir fait ce qu’il vous a fait – qui était pas très correct – …

P: Je veux pas le voir…

OPJ: … et vous vous allez vous excuser auprès de lui, parce que vous lui avez fait passer une sacrée soirée aussi, hein! Aïe aïe aïe aïe aïe… »

D’abord, l’officier semble ignorer la définition d’un viol puisque quand il dit “… parce que il a fait l’amour avec vous alors que vous étiez pas d’accord de faire l’amour avec lui…”, il ne fait que décrire ce dont il parlait juste avant comme “un crime”, à savoir un viol.

Ensuite il prend clairement parti pour l’accusé en minimisant son viol en quelque chose de “pas très correct” et en demandant même à la victime de demander des excuses à son violeur pour lui avoir “fait passer une sacrée soirée”. Il est aussi culpabilisant en soulignant que la plaignante avait “déjà passé une nuit {avec lui} la semaine dernière” et que lui voulait “juste remettre ça”, sous-entendant qu’il était plus légitime à vouloir refaire l’amour avec elle, qu’elle de refuser ce qu’elle lui avait déjà accordé. C’est elle donc qui n’est pas assez coopérative.

Enfin, il prend tout au long de l’entretien un ton paternisant, prenant la jeune fille comme une ignorante (“Il faut que vous compreniez une chose mademoiselle”), inconséquente de ses actes (“ce garçon il risque de se retrouver pendant 5 ans en taule”), et finalement règle l’affaire comme une dispute de cour de récréation (“vous allez vous faire tous les deux des excuses”) comme si elle était puérile et négligeable, ramenant la jeune fille à une mineure à prendre en charge.

Ma conclusion, inspirée par Maître Eolas sur Twitter, c’est que cet extrait de documentaire devrait servir dans les écoles de police comme exemple parfait de toutes les choses à ne pas faire lors d’un dépôt de plainte pour viol (ou même pour toute autre chose). Certes, les choses ont changé depuis 1982: aujourd’hui, un avocat peut être appelé pour préparer le dépôt de plainte et éviter à la victime qu’elle se retrouve seule face à l’inconnu dans le commissariat; de plus quelle que soit l’infraction, la confrontation entre le/la plaignant(e) et l’accusé ne se fait pas sans le consentement du/de la premier(e) et depuis 2011 l’avocat du/de la plaignant(e) a le droit de s’y opposer; enfin la féminisation des forces de l’ordre a permis de mieux prendre en compte ce genre de plainte. Cependant, il y a encore tant de récits d’officiers culpabilisants envers les victimes, remettant leur témoignage en question ou même minimisant la faute de l’agresseur, que la formation sur ces sujets reste de très haute importance.

~ lacassandre

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Une jeunesse désabusée ?

Vagabondages

« Tous pourris », « Droite et gauche c’est pareil », « Ils ne pensent qu’à leur réélection »

 

Autant de phrases que l’on peut entendre aujourd’hui dans la bouche des jeunes français, depuis quelques années.

 

Seulement 27 % des moins de 35 ans sont allés voter lors du dernier scrutin européen. Pire, à mon avis, 30 % des moins de 35 ans ont voté pour le Front National.

Je ne peux me résoudre à de tels chiffres.

Comment des jeunes qui ont grandi dans une société ouverte sur le monde comme jamais, ont-ils pu voter pour un parti qui prône le repli sur soi ?

Comment des jeunes qui ont pu bénéficier à différents niveaux des fonds ou des programmes européens, ont-ils pu voter pour un parti qui ne pense qu’à sortir de l’Union Européenne ?

Ce qui est inquiétant, ce sont surtout les paroles de ces jeunes qui ont voté pour le Front National et…

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… Que veut dire Pâques?

Il y a un peu moins de deux millénaires mourait Jésus. Pâques, outre d’offrir un moment familial de dégustation d’œufs en chocolat, fête le miracle de sa résurrection. Mais que fête-t-on exactement à Pâques ? Quelle est la signification profonde de ce rituel ?

Selon la tradition chrétienne, le Messie est l’incarnation du message de Dieu sur terre, venu porter et revivifier les lois héritées de l’ancien testament. Il n’est bien sur en aucun cas un Dieu terrien mais plutôt un messager divin – ce qui le distingue des prophètes, qui transmettent la Parole sans pour autant la transcender à la manière du Christ, précision importante. Il a été crucifié, est mort sur la croix puis a été descendu dans un tombeau. Trois jours plus tard, alors que des femmes portaient de la myrrhe au tombeau du Messie, elles virent la tombe ouverte, et se trouvèrent face au Christ ressuscité.

La résurrection du Christ est sans doute le mystère divin le plus opaque. De nos jours, croire que Jésus eût été mort puis ressuscité est très difficile ; la science nous parlerait plus volontiers de coma que de mort véritable.

Et pourtant, Pâques fête ce miracle impossible du Christ qui vainc la mort. Comme au paralytique, à qui il dit « Prends courage, lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison » (Matthieu 9 ; 2), et guérit ainsi ce malade qui s’exécute aussitôt, Jésus se relève de son lit ultime, roule la pierre du tombeau, et s’en va répandre la bonne nouvelle du miracle de la résurrection.

Qu’est-ce que cette résurrection ? Quelle valeur lui accorder alors que l’on n’y croit plus que difficilement ?

Cherchons dans l’ancien testament des actes ayant une signification commune avec le principe de la résurrection. Dans la Genèse il y a cet arc-en-ciel déployé après les quarante jours de déluge puis les 220 jours pendant lesquels l’arche de Noé errait à la recherche de terre habitable. « Lorsque j’assemblerai les nuées sur la terre et que l’arc apparaîtra dans la nuée, je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre moi et vous et tous mes êtres vivants », dit Dieu afin de sceller la première alliance avec sa création.

Au livre de l’Exode apparaît une nouvelle arche, l’arche de la nouvelle alliance, apportée par Moïse après quarante jours passés sur le mont Sinaï à un peuple qui avait entre-temps perdu foi en le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Quarante jours, tout comme les quarante jours de carême qui précèdent Pâques. La nouvelle alliance, c’est l’apparition soudaine de l’espoir alors que tout semble perdu, l’apparition soudaine de vie au milieu de la mort et du désespoir. La résurrection du christ est-elle l’ultime symbole de la nouvelle alliance divine ? Je le crois.

La joie de Pâques ne va pas au messie ressuscité lui-même, du moins pas uniquement, mais elle va à la signification d’un tel geste. La mort est la peur originelle qui anime l’Homme. Concernant l’arche de Noé et l’arche de la nouvelle alliance, Dieu a préservé l’Homme de la mort, et a renouvelé la foi et la confiance de son peuple en la Parole. Ce qu’il fait avec le christ va plus loin : il guérit l’Homme de la mort, il absout l’Homme de sa peur originelle en la terrassant.

Cette résurrection, qu’elle ait existé historiquement ou non, est le message ultime et absolu de l’alliance sans cesse renouvelée. Un message qui existe encore : tout ne s’arrête pas à la dernière page de la Bible. La foi n’est pas passéiste, elle ne se borne pas à se rappeler qu’un jour un homme serait revenu d’entre les morts, mais implique d’avoir conscience et confiance en le souffle vivifiant qui nous relève des ténèbres et du désespoir.

Avoir foi en Dieu, ce n’est pas de croire simplement et machinalement aux miracles, en un récit du passé. Avoir foi en Dieu, c’est croire que la force de ce récit millénaire nous entoure encore, et dynamise l’âme et la vie. C’est quelque chose de profondément positif, tourné vers l’avenir et non pas vers le passé. Le Messie n’est plus parmi nous. Mais sa parole libératrice résonne encore autour de nous, elle nous enveloppe et nous rassure car elle apporte la promesse de l’alliance sans cesse renouvelée de l’Eternel avec les Hommes.

Alors quand vous dégusterez des œufs en chocolat, pensez que c’est un jour de joie car il nous rappelle non pas qu’un homme est mort puis ressuscité, mais que l’Alliance est toujours prête à être renouvelée.

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… Le clivage Droite-Gauche est-il encore d’actualité ?

Les élections municipales ont été traversées par la peur (ou l’excitation) provoquée par la montée du Front National au premier tour. Marine Le Pen a notamment parlé du fait que la bipolarité du paysage politique Français, opposant l’UMP au PS, se trouvait éclatée par l’arrivée du FN, troisième parti de France. Le Front National annonce dans les médias l’avènement d’une nouvelle ère de tripartisme qui répondra enfin aux problèmes véritables des Français.

Il est inutile – et stupide – de vouloir diaboliser le FN en le taxant de fascisme car les chiffres sont là : médire du FN revient à médire des nombreux Français qui l’ont plébiscité. L’époque de Jean-Marie LePen et de 2002 est révolue car le FN a su mettre suffisamment d’eau dans son vin pour pouvoir être considéré comme un parti comme un autre. Son programme a été habilement nettoyé de tout accent xénophobe, homophobe ou raciste par Marine et une nouvelle génération de frontiste décomplexés a surgi en les personnes de Marion Maréchal LePen ou encore de Steve Briois (nouveau maire d’Hénin-Beaumont).

Alors le FN est-il devenu la troisième alternative qui s’offre aux Français ? Est-il devenu le troisième parti de France?

Il serait trop réducteur d’interpréter l’émergence de nouvelles tendances politiques au travers de simples chiffres, certes alarmants. En prenant un peu de recul, c’est un mouvement général tout autre que l’on peut observer.

En effet, on observe d’un côté une droitisation du PS. Elle est marquée par le tournant social-démocrate qu’a pris récemment la politique nationale. De l’autre côté, on voit une centrisation de l’UMP. Elle est visible au travers des listes d’union qu’il a mené avec l’UDI et le MoDem. Au final, cela se traduit en une tendance globale vers le centre des partis majoritaires.

Cette tendance brouille la limite Droite/Gauche. Les partis emblématiques de ce clivage ne défendent plus d’idéologie majeure: finie l’époque de la Guerre Froide où le socialisme était une idéologie à part entière, qui s’opposait au capitalisme. Finie cet âge où le monde lui-même était coupé en deux et où il fallait à tout prix prendre position. C’était rouge contre bleu, droite contre gauche, socialistes contre capitalistes…

Tout cela ne veut plus rien dire aujourd’hui car les différents bords politiques ont fait suffisamment de concessions l’un envers l’autre pour donner la majorité au centre, à l’UM-PS comme aime à le dire le Front National. Gauche/Droite ne veut plus rien dire de significatif aujourd’hui, car c’est une vieille querelle de cour de récréation (au sens propre et figuré, j’en suis témoin), qui est descendue sur un terrain bas (peoplisation de la vie politique, avec participation active des médias sociaux dans la vulgarisation de la politique) et relevant de tout sauf d’une idéologie politique.

La bipolarité a-t-elle éclaté en faveur d’un tripartisme UMP-PS-FN ? Sûrement pas. La bipolarité s’est déplacée. Gauche/Droite est une opposition qui n’est plus valable aujourd’hui. Ces dernières semaines nous ont bien signifié deux choses. D’abord que la droite englobe aussi bien le centre-droit que l’UMP et le FN. Ensuite bien sûr, que la gauche inclut le centre-gauche, le PS, Les Verts et le Front de Gauche. L’éventail politique s’est vu agrandi et diversifié.

Le Front National s’est montré un adversaire sérieux, mais le Front de Gauche aussi a eu une poussée inhabituelle. Les partis qui défendent encore des valeurs identifiées ont bondi dans la morosité d’une France en perte d’identité. Aujourd’hui, les modérés du centre doivent faire face aux radicaux des extrêmes. L’échiquier politique s’est vu transformé.

Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a mis les pieds dans le plat en appelant eu front républicain pour contrer la montée du FN, et il a été critiqué pour le côté anachronique et désuet de son appel. Toutefois, le principe de faire bloc contre l’extrême cristallise cette idée de glissement de la bipolarité politique droite/gauche vers un schéma modéré/radical.

Gauche/Droite n’est plus car la bipolarisation a glissé. Le prochain combat sera entre les radicaux et les modérés, et ce sera un combat étroitement lié au sentiment des Français de perte d’identité, d’abandon par la classe politique et de morosité, causée par la crise.

 

 

~ lacassandre, 30/03/2014

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